La francophonie devient un élément moteur dans le dialogue des civilisations et des cultures qui font la richesse et la dignité de l’Humanité

par S.E.Nasser KAMEL, Ambassadeur d’Egypte en France

Je suis heureux de m’associer et d’associer l’Egypte à ce Livre Blanc, et je voudrais saluer le Haut Comité National de la Francophonie pour son initiative de rédiger ce recueil de témoignages en faveur de la langue française et de la Francophonie. Le français est une langue internationale importante qui est partagée aujourd’hui par plus de cinquante pays dans le monde. Son importance a engendré la création d’un grand espace politique francophone, lors du Sommet de Hanoi au Vietnam en 2001 ; et l’Egypte a été mise au banc d’honneur avec l’élection de Monsieur Boutros Boutros-Ghali comme premier Secrétaire Général de l’Agence International de la Francophonie. La Francophonie, qui existe déjà depuis un certain temps, a la vocation d’appeler toutes les autres langues du monde, notamment l’arabe, le chinois, l’anglais et l’espagnol, à se rassembler, afin de consolider et protéger la diversité linguistique, et donc la diversité culturelle qui nous est si chère. La vocation que procure cette diversité linguistique, l’ouverture d’esprit que son message suscite sont autant de ferments des nouveaux rapports, fondés sur la compréhension, le respect mutuel, le dialogue et l’échange, rapports qui doivent s’établir entre les hommes au moment où le destin des peuples se mêle comme jamais auparavant.

La francophonie, de ce point de vue, par son Histoire et par son dynamisme, devient un élément moteur dans le dialogue des civilisations et des cultures qui font la richesse et la dignité de l’Humanité. Les école bilingues francophones en Egypte sont environ 70 et regroupent 50 000 élèves. Une Université française d’Egypte a été créée en 2002 et inaugurée en 2006 par les Présidents Moubarak et Chirac. Elle décerne aux étudiants un double diplôme français et égyptien et comporte trois facultés en partenariat avec des universités de France : la Faculté des langues appliquées (partenariat avec l’Université Paris III Sorbonne) ; la Faculté de gestion et systèmes d’information (partenariat avec l’Université de Nantes) ; la Faculté d’ingénierie : Techniques de l’Information et de la Communication (TIC), Production, Energétique et Contrôle automatique (PEC). L’Université française d’Egypte offre un débouché naturel aux écoles bilingues. Son rôle est de former des étudiants trilingues (arabe, français, anglais), avec le soutien des meilleures institutions égyptiennes et françaises. On peut dire que son inauguration marque une date dans l’Histoire de la francophonie. L’expédition de Bonaparte en Egypte à la fin du XVIIIème siècle, avait favorisé la langue française en Egypte. La langue française était une langue d’ouverture et était pratiquée à la cour, dans les tribunaux ; elle était aussi fort répandue dans les milieux académiques et politiques.

La langue française, grâce aux missions qu’entreprenaient les intellectuels égyptiens, eut une influence considérable sur le mouvement de la renaissanc égyptienne « el nahda ». Une pléiade d’écrivains égyptiens de langue française, notamment Robert Solé, Georges Henein, Andrée Chédid, Albert Cossery, et Edmond Jabès, atteste de cette influence. L’agression tripartite de 1956 contre l’Egypte mit un terme à cette influence francophone et la langue française en Egypte connut son premier déclin. Aujourd’hui, la langue française connaît trois problèmes majeurs :

  • L’absence de professeurs compétents, à la fois en langue et en pédagogie, à cause de l’insuffisance de la formation initiale dans les universités et facultés de pédagogie.
  • L’influence des séries américaines dans les réseaux des media égyptiens, ce qui atteint la francophilie innée des Égyptiens.
  • L’affaiblissement du niveau du français au niveau des ménages. De moins en moins de parents utilisent le français comme langue « étrangère » dans les familles

Pour conclure, l’enseignement de la langue française en Egypte fait face à plusieurs défis importants. Afin de perdurer, cet enseignement, mais aussi l’usage du français – qui existe en Egypte depuis plus de deux siècles – doit surmonter ces obstacles et ceci ne se fera jamais sans le concours et l’appui de la France. Si l’établissement de l’Université française d’Egypte est un premier pas vers la préparation de générations de jeunes égyptiens à affronter le monde des affaires, il faut absolument que l’accent soit aussi mis sur l’enseignement primaire et secondaire.