Le Gouvernement canadien favorise le développement des communautés francophones en situation minoritaire

Par S.E Claude LAVERDURE, Ambassadeur du Canada

Le Haut Comité national de la Francophonie a eu l’excellente initiative de lancer cette discussion sur l’avenir de cette langue que nous avons en partage et qui constitue un trait d’union solide entre nos deux pays. Je suis très heureux de répondre à son invitation. Au Canada, selon le critère de la première langue officielle parlée, les francophones représentent près du quart de la population, soit 7, 1 millions d’habitants. Quatre-vingt-cinq pour cent d’entre eux, soit plus de six millions, vivent au Québec. Un million de francophones sont ainsi répartis dans les autres provinces et territoires du pays. La francophonie canadienne s’enrichit également de l’appui de centaines de milliers de Canadiens qui parlent français comme langue seconde. À l’heure actuelle, plus de 9 millions de Canadiens sont en mesure de soutenir une conversation en français.

La jeunesse du pays n’a jamais été aussi bilingue : un jeune Canadien sur quatre se déclare bilingue et un jeune sur deux apprend sa seconde langue officielle. Le rayonnement de la langue française au Canada s’appuie sur une vision rassembleuse, qui cherche à relier les francophones du Québec, ceux des communautés en situation minoritaire et les francophiles de toute origine culturelle. Il s’agit de favoriser le développement d’un ensemble francophone pancanadien, véritable masse critique au sein du village global canadien, nordaméricain et mondial. Pour ce faire, deux principaux axes d’action sont privilégiés : le renforcement des collectivités francophones et la promotion de la dualité linguistique auprès des Canadiens non francophones. Le Gouvernement canadien favorise le développement des communautés francophones en situation minoritaire en collaboration avec les Gouvernements des provinces et des territoires. Il travaille avec ces communautés afin de bien cibler les objectifs à poursuivre, en regard des réalités propres à chacune d’elles. Il lui importe aussi d’oeuvrer auprès des organisations para-publiques, privées et sans but lucratif afin qu’elles offrent des services en français, et ce faisant, qu’elles contribuent à la reconnaissance du fait français dans l’ensemble du pays. L’action du Gouvernement canadien peut déjà compter sur le rayonnement d’un radio-diffuseur et d’un télédiffuseur publics présents dans toutes les régions du pays, auxquels s’ajoutent d’autres intervenants tels que TV5 Monde.

Le Gouvernement du Canada veille à mieux prendre en compte la diversité grandissante de certaines de ces communautés et leur capacité d’attirer, d’accueillir et de retenir les nouveaux arrivants. Dans certains cas, il mise sur des initiatives de développement qui visent la jeunesse, dont l’engagement envers la langue française représente une condition première de la vitalité future des minorités francophones. En effet, le développement de liens plus étroits entre Canadiens francophones et non-francophones, particulièrement au sein de la jeunesse, demeure un élément clé de valorisation de la langue française. Ailleurs, il peut surtout s’agir de promouvoir l’apprentissage du français comme langue seconde ou de faciliter des échanges entre les deux groupes linguistiques mais dans tous les cas, de telles activités contribuent à démontrer combien l’usage de la langue française demeure pertinent dans notre société moderne et ouverte sur le monde. En chiffres absolus, la taille de la population francophone demeure stable au Canada. L’assimilation, le faible taux de natalité et l’évolution rapide de la société canadienne, qui devient de plus en plus multiculturelle et plurilingue, tendent à modifier les rapports de force entre les langues. On prévoit par exemple qu’en 2017, le Canada pourrait compter entre 21 % et 25 % de personnes n’ayant ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.

L’avenir du poids démographique du français, qui préoccupe les communautés francophones en situation minoritaire et les francophones du Québec, représente en fait
un enjeu de nature supranationale. Le défi de la promotion de la langue et de la culture françaises au Canada se joue désormais dans le contexte plus large de l’intégration nord américaine et de la mondialisation. L’ouverture sur le monde – via les marchés, les communications, les mouvements de population – génère à la fois une tendance à l’uniformisation culturelle et linguistique ainsi qu’une fragmentation des espaces culturels traditionnels. Ces deux dynamiques peuvent résulter en une fragilisation du fait français.
Le phénomène de la mondialisation et ses répercussions représentent certainement l’un des défis les plus cruciaux que doit relever la langue française. Nous en sommes tout particulièrement conscients dans le contexte nord-américain où l’anglais et l’espagnol disposent de bassins de locuteurs beaucoup plus importants que le français. Mais la mondialisation suscite des résistances, lesquelles se sont notamment traduites par un mouvement de protection et de promotion de la diversité culturelle. La promotion du français s’insère tout naturellement dans cette valorisation de la diversité, dont l’une des premières manifestations, au Canada, demeure la dualité linguistique.

Mettre en évidence les ancrages du bilinguisme avec d’autres expressions de la diversité culturelle et linguistique au pays, montrer les avantages qui en découlent pour le développement de la société canadienne, voilà un discours qui retient l’attention des Canadiens non-francophones, lesquels sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la transmission et la préservation de la langue et de la culture françaises en Amérique. Cet état de fait ouvre la porte à une intensification de la collaboration du Gouvernement canadien avec le Québec, noyau de la francophonie canadienne. Outre frontières, il trace la voie d’une concertation et d’une coopération étroite et fructueuse entre les autorités de mon pays et celles de la France, par exemple dans l contexte de l’Organisation Internationale de la Francophonie ou bien, comme ce fut le cas et le reste encore, pour l’entrée en vigueur et la mise en oeuvre de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Nos deux pays poursuivent leur coopération dans ces domaines, avec des résultats remarquables.